André savait qu'il n'aurait jamais du naître. Le médecin l'avait dit à sa mère: "Madame, vous avez une sclérose
en plaque. Vous avez déjà une fille. Si vous avez un deuxième enfant, vous serez paralysée. A vie."
Mais le père d'André s'en fichait de la maladie de sa femme. Et André était né rendant sa mère complètement paralysée à partir de la taille. A cause de lui, sa mère passera les 40 années qui lui
reste à vivre à l'hopital ou elle servira de cobaye pour faire avancer la science.
Lui, le petit André, il est parti avec sa soeur vivre chez sa grand-mère. Parce que son père il s'en fichait aussi de ses enfants. Il est parti avec la bonne et il ne veut pas d'eux.
La vie n'est pas facile pour André. Sa grand-mère ressemble beaucoup à Folcoche et il grandira sans tendresse ni amour. Quand sa grand-mère meurt enfin, il a 18 ans et plutôt que d'aller à
l'enterrement, il joue du piano toute la journée pour fêter l'évennement! Puis il part faire son service militaire à Strasbourg. Un soir où il rentre de permission, comme il avait beaucoup bu et
qu'il avait très mauvais caractère, il insulte son adjudant. Il est aussitôt envoyé dans un bataillon disciplinaire en Algérie.
Et là c'est la révélation! Ce pays est si beau, il y a tant de soleil! C'est décidé, il ne retournera pas en France. De toute façon, il a rencontré une jeune fille qu'il va épouser.
Ils auront un enfant. Tout est très bien sauf que sa femme est une bigote et lui athée finit par ne plus la supporter.
Aussi, quand il rencontre Odette, jeune et jolie infirmière, il tombe éperduement amoureux. Il divorce et décide de partir à Tunis avec sa nouvelle femme pour échapper à son ex belle famille qui
n'a pas du tout apprécié le divorce.
Il est enfin heureux. Il a une belle situation, il est riche, très riche et il aime profondément sa femme. Ils ont deux filles Michelle et Annie. Tout va bien, sa femme attend un troisième
enfant... et puis un jour Annie qui a trois ans avale une épingle à cheveu et meurt.
A partir de ce moment, André ne sera plus jamais le même... et ce n'est pas la naissance de son fils Jacques qui y changera quoi que ce soit. A partir de maintenant c'est champagne, maitresses et
fête tous les soirs. Même quand sa femme tombe malade atteinte d'un cancer du sein, il continu à faire la fête. Sa maitresse du moment, c'est la bonne. Comme papa! D'ailleurs quand sa femme
meurt, il l'épouse. Elle s'appelle Lili. Elle a 20 ans de moins que lui. Nous sommes en 1949, Michelle et Jacques ont 10 et 6 ans.
Pour leur père, la vie ne changera pas beaucoup. Il fera des enfants à sa femme, il continuera à avoir des maitresses et à faire la fête.
Pour eux c'est le début du calvaire.
Il n'ont plus le droit de voir leur père. Le matin, il ne doivent pas sortir de leur chambre avant qu'il soit parti au travail. Le soir, ils sont couchés depuis longtemps quand il rentre. Ils
n'ont plus droit au chocolat, au beurre à la confiture, aux bonbons et en général il n'ont plus droit à tout ce qu'ils aiment. Jacques se souviendra longtemps de la fessée à coup de ceinture (la
boucle n'était pas dans la main de Lili) parce qu'il avait eu l'audace de demander un vélo à son père. Ne le voyant presque jamais, il avait eu l'idée de lui écrire un petit mot qu'il avait placé
sur le volant de la voiture de son père. Michelle, elle, obligée d'élever ses frères et soeurs, pendant que Lili se faisait les ongles, n'oubliera jamais qu'ils l'appelaient maman.
En 1958, sentant la guerre d'Algérie approcher, André décide de rentrer en France avec Michelle et Jacques. Il vient de divorcer de Lili et ne reverra plus beaucoup les enfants qu'il a eut avec
elle.
Pour Michelle et Jacques c'est la délivrance. Seulement, ils ont 19 et 15 ans et sont marqués à vie par les 9 années qu'ils ont passé en enfer.
Leur père savait-il? Se doutait-il de ce qui se passait à la maison? Ne voulait-il pas savoir? Nous ne le saurons jamais puisque Michelle et Jacques n'en ont jamais parlé avec leur père.
Heureusement pour lui, à 21 il tombe amoureux de Christiane, la fille de son patron. Acceuilli comme un fils, il sait enfin ce que c'est qu'une vrai famille.
Quand Jacques et Christiane se marient en 1966, il lui fait jurer que, quoi qu'il arrive, ils ne divorceront jamais, et que si l'un des deux vient à mourir, l'autre ne se remariera pas tant que
leurs enfants ne seront pas grands et indépendants. Ils auront trois filles et malgré des soucis et quelques chagrins, ils seront plutôt heureux. Le 11 juin dernier ils ont fêté leur 42 ans de
mariage.
Cette histoire, c'est celle de mon père. André était mon grand-père, Odette ma grand-mère et Jacques, bien sur, est mon père. Cette histoire est totalement vraie. Je n'ai pas inventé une ligne.
J'ai simplement omis, par respect pour ma tante Michelle et mon père, quelques anecdotes trop sordides.
Je remercie Joye et July qui m'ont donné
l'envie de vous raconter ce petit bout d'histoire.
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